Vis ma vie de Barbie

Barbie s’expose au Musée des Arts Décoratifs de Paris. Une occasion inespérée pour pénétrer dans l’intimité de cette compagne d’enfance qui nous a initiés aux plaisirs de l’imaginaire. Tandis que les petites filles s’émerveillent devant leur icône aux multiples facettes les mamans s’informent sur le parcours d’une poupée pas comme les autres qui a exercé plus de 150 métiers et inspiré les plus grands noms de la haute-couture.

Mélanie Holé

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Barbie en 1959.

1500 m2 du Musée des Arts décoratifs sont dévolus à Barbie jusqu’au 18 septembre.
700 poupées exposées (de 1959 à nos jours), toute la famille au complet, le cercle d’amis, l’animalerie (chevaux, chiens, chat, perroquet), ainsi que les coulisses de fabrication.
L’univers de Barbie se dévoile sous nos yeux.

Je croise beaucoup de femmes (20, 30, 40 ans) et de petites filles, des ados aussi. Très peu de petits garçons qui squattent volontiers l’aire de jeu (une excellente initiative) en charmante compagnie, pour faire jouer Barbie et ses amis dans une grande maison.

Je me demande bien ce que fait mon mec à mes côtés, un incident de parcours car même s’il est ouvert d’esprit je lui pardonne d’emblée sa confession à mi-chemin, l’air désolé : prends ton temps, je j’attends à la sortie.

C’est une expo pour les filles, à faire entre copines, petites et grandes. Nous voilà toutes gagnées par la nostalgie, toutes concernées par la vie de Barbie. Chacun y va de son souvenir, de son anecdote. Notre attachement à cette poupée relève des profondeurs de notre enfance (et peut-être aussi de notre goût immodéré pour la mode, nous y reviendrons).

Le coup de génie de Ruth Handler

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En vidéo : Ruth Handler revient sur le contexte de la création de Barbie, se rappelant comment elle avait manœuvré pour convaincre son mari d’aboutir le projet.

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Née à la fin des années 70 je n’ai pas connu la naissance de Barbie. Il faut remonter à la fin des années 50 lorsque l’américaine Ruth Handler, l’une des fondatrices de l’enseigne de jouets Mattel, eut l’idée géniale de créer la poupée et ce ne fut pas simple. L’idée lui vient d’une observation de sa fille Barbara jouant avec des poupées en papier ; plutôt que de se projeter en maman, elle et ses amies adoraient s’imaginer en jeunes femmes indépendantes.
Il fallait inventer autre chose.

Barbie voit le jour en 1959 et bouleverse l’ordre convenu.

Barbie, diminutif de Barbara Millicient Roberts, est originaire du Wisconsin, a beaucoup d’amis, une vaste famille ; on doit toutefois se faire une idée toute relative de son âge et de sa profession afin d’élargir bien entendu les possibilités de projection. Sa vie est contée dans des livres, mais j’apprends que depuis, elle a fait l’objet d’une série animée, Life in The DreamHouse. Vous voulez jeter un oeil ? J’ai tenu à peine 3 minutes 😀 ( je ne suis assurément plus dans le coup, plutôt rassurant me direz-vous).

Au départ, Barbie s’inscrit dans la tradition des poupées de mode, destinées à illustrer la mode et ses évolutions. A ceci près que Barbie, méga-bonnasse, flanquée d’une belle paire de seins, ne pas fait l’unanimité. Les adultes la jugent trop sexy ; les petites filles, elles, s’en fichent et lui font la fête en magasin, c’est un succès immédiat, et le fanclub est en marche ; Barbie reçoit beaucoup de courrier.
D’ailleurs, à la demande générale, un petit ami (Ken Carson) voit le jour en 1961. Cela dit, pourquoi emprisonner Barbie dans le mariage ? Ken n’est ni un mari ni un fiancé, juste un beau partenaire avec qui Barbie a des aventures.
Plus tard, Mattel créera un concurrent pour pimenter les scénarios ; Barbie pourra aussi fricoter avec  Blaine (un joli surfeur australien). L’histoire veut que Barbie succombe à nouveau au charme de Ken en 2011 après qu’il ait finalement décidé de moderniser sa coupe de cheveux.

Barbie présidente !

On réalise que Barbie va bien au-delà de la simple poupée de mode. C’est une poupée-jouet qui s’imprègne des tendances sociétales de son temps. L’exposition nous montre bien à quel point l’environnement de la poupée n’a jamais cessé de se transformer. Les métiers se diversifient à une vitesse ahurissante. Barbie accède à un tas de possibilités professionnelles. Son indépendance financière lui permet d’envisager confort et loisirs.

C’est là tout l’intérêt de cette exposition, d’innombrables cloches abritent chacune une Barbie, tour à tour infirmière, hôtesse de l’air, professeur des écoles, sportive olympique, intermittente du spectacle, et même astronaute (1965) ou candidate à la présidence des Etats-Unis (1992) !
Une manière de faire comprendre aux petites filles qu’elles peuvent aller aussi loin qu’elles le désirent car tout est possible !

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Barbie atteint le paroxysme de sa féminité dans les années 80. Elle sourit, ça c’est nouveau. Elle a un tel sex-appeal qu’elle devient une star interplanétaire.
Elle véhicule l’image d’une femme glamour, ambitieuse et indépendante qui peut s’offrir une belle maison, une piscine, une voiture, des vacances, des loisirs, bref, faire ce qu’elle veut, et en matière d’accessoires, Mattel a toujours eu de l’ambition. J’aurais adoré revoir ces fournitures des années 70, 80 et 90. Je me rappelle avoir été stupéfaite à l’époque devant le souci du détail.
En recherchant ces objets, j’ai réalisé que le marché d’occasion fonctionne bien. Tenez, une petite sélection, séquence nostalgie pour certaines ?

La plus belle pour aller poser

A défaut de revoir tout ça au Musée des Arts Déco (ce qui aurait été vraiment génial), on pouvait admirer cette installation de très bon goût avec un atelier de confection de couture et un grand salon de réception pour faire défiler de magnifiques poupées. Une mise en scène classe et réaliste !

Ce qui importe ici c’est la poupée de mode ; on ne s’éloigne jamais tout à fait de la source, Barbie est une mannequin, et pour le rappeler rien de tel qu’une ambiance podium en présence des grands couturiers du 20e siècle. Les poupées défilent habillées par Karl Lagerfeld, Versace, Miu Miu, Dior, Saint Laurent, Gucci, Moschino, Chanel, Dolce Gabbana…

En coulisse…

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Le corps de Barbie a toujours fait beaucoup jaser. Les petites filles peuvent-elles s’identifier à une poupée dont les mensurations sont irréalistes ? Faut-il nécessairement être blonde, avoir les yeux bleus et le teint de lait pour être jolie ? Aussi petites soient-elles, les petites filles sont capables de se distancier d’un jouet.
Jouer avec Barbie ne signifie pas tomber dans l’anorexie ni développer un complexe de laideur. Toutefois, avec le temps et pour répondre aux demandes, Mattel édite une vaste collection de modèles qui élargit les canons de beauté. Barbie est rousse, brune, tannée, métisses, black (le premier modèle date de 1968). Elle a quatre silhouettes, quatorze visages, huit couleurs de peau, dix-huit couleurs d’yeux et vingt-trois couleurs de cheveux.

Dessinateurs, designers, coiffeurs et stylistes s’expriment sur les étapes de confection.

Star des réseaux sociaux

Barbie est devenue une icône qui a côtoyé la culture populaire. Mattel a illustré les stars du cinéma avec des éditions limitées (Barbie et Ken Star Trek, Barbie et Ken X-Files,  Grace Kelly dans Les Oiseaux de Hitchcock…)

Si Barbie s’est fait tirer le portrait par Andy Warhol, elle continue de nourrir l’imaginaire d’artistes contemporains. Le designer Jonathan Adler a conçu une suite kitchissime pour l’hôtel Palms de Las Vegas afin que les fans de la poupée puissent se transposer dans son univers à taille réelle le temps d’une nuit.
Dans un autre style, la photographe Mariel Clayton a fait de Barbie le sujet d’un art détourné et sulfureux. C’est la face obscure de la force rose avec des scènes de sexe, de meurtre, de décadence. Dans son genre, c’est génialement abouti !

Ce que l’expo m’a aussi appris, c’est que la poupée surfe, sans surprise, sur la vague du numérique. Le modèle « Barbie VideoGirl » en est un parfait exemple. Elle est dotée d’une caméra pour faire des shots vidéos qu’on peut transférer sur ordinateur pour les partager aux amies !

Le summum de la tendance, c’est la page Instagram BarbieStyle. Barbie dans la vie quotidienne, hyper apprêtée, nous communique son amour du shopping. C’est l’effet escompté, Mattel édite des collections « Barbie Style » et « Barbie Look », modèles collector destinées aux plus grandes fans de mode.
Barbie entretient un lien indéfectible avec le milieu de la mode, et selon Robert Best, l’actuel directeur en chef du design de Barbie, cela requiert une collaboration rapprochée avec les acteurs du milieu. Cet univers fantastique de couleur rose des années 80, il fallait le moderniser pour le rendre toujours représentatif de l’époque, sans perdre de vue que cela reste un jouet.

« Barbie est un symbole très fort et c’est la raison pour laquelle je ne prends pas cette responsabilité à la légère. À mes yeux, elle fait partie des rares icônes très américaines : à l’image d’une marque mythique comme Coca-Cola, elle est immédiatement reconnaissable, presque légendaire. Sa seule évocation ravive immédiatement un souvenir ou une émotion. D’un bout à l’autre de la planète, les gens ont des histoires à partager sur Barbie, généralement positives. C’est pourquoi nous avons une responsabilité si importante : les enfants gardent ce souvenir de Barbie toute leur vie. Même s’il ne s’agit que de leur apporter un peu de joie sur une courte période de temps, je suis fier de pouvoir le leur offrir. »

Exposition « Barbie » jusqu’au 18 septembre.
Tarif : 11 euros.

Musée des Arts décoratifs
107, rue de Rivoli
75001 Paris
Tél. : +33 (0)1 44 55 57 50
Métro : Palais-Royal, Pyramides ou Tuileries

+ d’infos : http://www.lesartsdecoratifs.fr/francais/musees/musee-des-arts-decoratifs/actualites/expositions-en-cours/jouets/barbie/

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