L’acid rock de San Francisco

San Francisco a vu naître la révolution musicale « psychédélique ». J’ai eu l’opportunité de me rendre là-bas il y a quelques années avec mon ami musicien Patrick Dietsch alors que nous devions écrire un papier sur les débuts de l’acid rock. Patrick a une amie qui habite non loin de la Baie, Julia Brigden, une ex-hippie mais pas n’importe laquelle. Autrefois mariée au bassiste du Quick Messenger Service, elle s’est retrouvée au coeur d’une fantastique histoire. Nous sommes allés la rencontrer elle et ses amis pour écrire et partager leur précieux témoignage.
Mélanie Holé

 

PLAYLIST I

Ici, vous pouvez écouter les artistes du « San Francisco sound ». Plus bas, vous trouverez d’autres artistes, parmi mes préférés de la période.

 

Issus de générations différentes, Patrick et moi avons toujours eu une fascination pour ce qui s’est passé dans la baie de San Francisco au cours des années 60. Patrick a vécu l’histoire de l’intérieur en débarquant à San Francisco en pleine révolution hippie. A son retour en France, il a fondé le groupe le Martin Circus et génialement introduit la psyché dans la pop.
Faute d’être née à temps, j’ai pour ma part aimé l’histoire de loin, au travers des récits et de playlists incroyables que j’allongeais indéfiniment à mesure que défilaient les années adolescentes. L’attirance pour le psychédélisme n’est pas une question de génération.

 

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Julia Brigden et Patrick Dietsch se sont rencontrés alors qu’elle était mariée avec David Freiberg, le bassiste du Quicksilver Messenger Service. Julia se fait toujours appeler « Girl ». C’était son surnom au sein de sa famille qui comprenait aussi Jefferson Airplane et Grateful Dead.
Julia a le coeur sur la main, j’adore son sens de l’humour et sa spontanéité. Elle nous ouvre les portes de sa maison et invite quelques amis. Il y a Jacky Sarti, ancienne manageuse du Jefferson Airplane ; John McIntire, ancien manageur du Grateful Dead ; et Barry Melton, « The Fish », guitariste du groupe Country Joe And The Fish.

 

 

Jacky arrive la première et nous tend « The San Francisco Chronicle ». La Une du journal évoque une fête d’anniversaire en l’honneur de la mort de Bill Graham. Un concert est organisé au Fillmore par la Bill Graham Foundation. Pressentant certainement notre question, Jacky nous donne un élément de réponse : San Francisco continue d’honorer les acteurs de sa révolution. Bill Graham, c’est lui qui a créé le célèbre club Fillmore et organisé les plus grands concerts d’acid rock.

 

 

Autour d’un café, Jacky nous raconte qu’elle a grandi en Angleterre et comment San Francisco est devenue sa ville d’adoption. Elle croit se souvenir pour quelle raison elle n’est jamais repartie 🙂

« L’autre jour j’ai retrouvé un vieux journal intime et je me suis mise justement à la recherche d’un indice qui puisse expliquer ce choix plutôt qu’un autre. J’étais partie à San Francisco dans l’idée de rester quelques mois avant de retourner faire ma vie en Angleterre. Mais je suis arrivée en 1964, j’ai trouvé ça très excitant, et je suis tombée amoureuse de Jerry Peloquin, le premier batteur du Jefferson Airplane. »

 

Jacky se met à traîner au Matrix, le club le plus tendance avant le Fillmore, et surtout le lieu investi par The Jefferson Airplane à ses débuts. Jackie commence par donner un coup de main pour arranger la scène avant de devenir la manageuse du groupe en 1968.

 

 

Des beatniks aux hippies

Petit aparté historique ! Avant les hippies, il y a les beatniks. Une génération bohème appelée « the beat generation ». En pleine guerre froide, écrivains et poètes (en tête de file Allen Ginsberg, William Burroughs et Jack Kerouac) investissent San Francisco sur fond de musique bebop. Ils viennent de Greenwich village, New-York, et s’affirment dans leur marginalité. « Poète, juif, pédé, drogué et communiste », c’est ainsi qu’Allen Ginsberg a coutume de se présenter. Ces jeunes étudiants sont fascinés par la drogue pour sa capacité à « explorer la perception » et se définissent comme des esprits libres. L’oeuvre de Kerouac Sur La Route, dont le héros Dean Moriarty s’inspire du sulfureux ami Neal Cassady, fait un carton et bouscule une Amérique rigide. Un mouvement d’émancipation libère le geste (action painting), la forme (happening), le verbe (poésie), la musique (free jazz) et la parole (prise de position contre le racisme et la guerre au Vietnam).

 

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Librairie City Lights, San Francisco

 

City Lights, la librairie de l’éditeur Ferlinghetti, devient le centre de gravité de la désinvolture et des happenings. « Beat » évoque le tempo du jazz qui rythme la plume. Ginsberg parle d’une écriture « organique ».

« Je veux être considéré comme un poète jazz-man soufflant un long blues au cours d’un après-midi de jam session un dimanche. Je prends 242 chorus, mes idées varient et roulent quelques fois de chorus en chorus, jusqu’à mi-chemin du suivant. »

C’est dans ce contexte qu’a grandi Julia, à Sausalito, au nord de San Francisco. Elle se souvient de son adolescence :  « Il y avait beaucoup de beatniks. Ils sortaient en ville, discutaient souvent autour d’un café ou d’un verre de vin. Mais c’était déjà la fin d’une période et le commencement d’une autre. Le psychédélisme est arrivé et a tout modifié. »

 

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Julia Brigden

 

Evidemment, on se demande ce qu’a modifié le LSD ?
 « Nous étions des enfants qui allions à l’Eglise, nos parents croyaient en Dieu. Mais notre vision du monde s’est modifiée quand nous avons pris du LSD . C’est vraiment là qu’on est passés au mode de vie « sixties ». Pendant deux ans, ce fut une période merveilleuse (1964/ 65). On sentait qu’on pouvait se mobiliser pour un monde meilleur et influer sur la pensée du monde. On se sentait impliqués dans une autre forme de conscience, c’était très excitant ! »

Le slogan « Peace and Love » est naturellement né à San Francisco, d’une communauté sous acide. « C’est presque impossible d’être violent avec le LSD. Ça développe le sens de la connectivité universelle. »

Des consciences modifiées, décomplexées,  désorientées, qui font valser valeurs et sens commun.
« On n’avait plus la notion du bien et du mal. Il a fallu du temps avant qu’on s’y retrouve, avant qu’on se pose les bonnes questions : est-ce mal de coucher avec le meilleur ami de ton mec ? Est-ce mal de donner de la drogue aux enfants ? »

Le terme « hippie » n’a d’ailleurs pas bonne côte, il est employé par les vétérans beat pour  déprécier cette jeunesse.

La musique, prise dans les filets de l’acide lésurgique, se transforme elle aussi. Les sens et les instincts se libèrent à l’infini. Il n’est plus question de chansonnette folk mais d’improvisations électriques qui peuvent durer le temps d’un trip.

 

Musique + LSD = Acid rock ?

 

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Au fond, est-ce que cela veut dire que cette révolution musicale n’est qu’une question de drogue ? De l’avis de Julia et ses amis, oui, musique et drogue ont fonctionné de pair pour briser les barrières psychologiques. Et personne ne pensait au danger puisque cette substance était utilisée par les chercheurs pour soigner des psychoses.

« Ce n’était pas illégal, c’était même expérimental. On pouvait se rendre à l’université pour expérimenter le LSD, et les médecins observaient notre comportement. Ça rentrait dans leur cadre de recherche ; on tentait par exemple de voir si le LSD pouvait soigner l’alcoolisme. »

 

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« On se voyait comme des anthropologues du XXIe siècle qui auraient voyagé à travers le temps pour se retrouver dans les ténèbres des années 1960. Dans cette colonie de l’espace, on voulait créer un nouveau paganisme et une nouvelle existence vécue comme un art. » (Timothy Leary, psychologue partisan des bienfaits du LSD).

 

 

 

 

Quand la musique a t-elle précisément fusionné avec le psychédélisme ? La question nous brûle les lèvres. Nos interlocuteurs sont tous unanimes, c’est au cours des acid tests.

Julia se rappelle des tout débuts, lorsque le romancier Ken Kesey (l’auteur de Vol au dessus d’un nid de coucous) fréquentait le guitariste Jerry Garcia sur le campus universitaire et qu’ils s’adonnaient à des expérimentations dionysiaques. Ken Kesey se procurait les doses de LSD au Veteran’s Hospital. Après ça, Kesey a traversé l’Amérique avec les Merry Pranksters au volant d’un bus scolaire aux motifs psyché. Et Jerry Garcia a créé le Grateful Dead.

 

 

Julia évoque l’énorme popularité du Grateful Dead auprès des hippies.
« Dès qu’on allumait la radio, on entendait le Grateful Dead jouer des morceaux interminables. Tout le monde était défoncé en écoutant ça, on ressentait une sorte de connexion universelle. »

CONNEXION semble être le mot-clé des acid tests.

John McIntire et Barry Melton, qui nous ont depuis rejoints dans la discussion, approuvent aussi.

 

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John McIntire et Barry Melton

« Les acid tests ont brisé certaines règles. C’est comme si on avait réalisé qu’on participait tous à la création. Il n’y avait plus de barrière entre le groupe et le public. Chaque soir, la musique s’imprégnait de la qualité des vibrations de tous. »
(John McIntire)

 

Le premier acid test a lieu le 8 janvier 1966 au Fillmore. Le Grateful Dead (cobaye du chimiste Owsley), n’en finit plus d’étirer ses jams. Des performances interminables qui ont marqué Jacky. « Ils partaient trop loin dans la musique. Je me disais : oh mon Dieu, il ne vont jamais revenir, ils sont déjà morts ! C’était fantastique. Je comprends pourquoi je ne suis jamais repartie en Angleterre ! »

 

« Les tests, c’étaient des milliers de gens complètement défoncés  qui se retrouvaient dans une pièce
remplie d’autres milliers de gens dont ils n’avaient pas du tout peur. » (Jerry Garcia)

 

Quelques semaines après le premier acid test, se tient un happening au Longshoremen’s Hall, il est officiellement annoncé comme un « nouveau moyen de communication et de divertissement », tenant à préciser : «  une expérience psychédélique sans drogue ». « La tonalité générale n’est plus aux happenings empruntés, elle est à des événements jubilatoires, où le public participe, parce que c’est plus marrant comme ça. Peut-être que c’est ça la révolution rock ».

C’était ça. L’effet emphatique du LSD, il fallait le perpétuer, mais autrement.

 

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Jacky nous rappelle aussi que les « psychedelic lights shows » ont beaucoup contribué à créer la magie de l’instant.

« Ca allait de pair avec la musique, on ne pouvait pas s’en passer, c’était spectaculaire. »

Ce concept visuel initié par le Jefferson Airplane consistait en des écrans géants placés en fond de scène projetant formes et couleurs en synergie avec la musique. Ingrédient élémentaire du voyage hypnotique.

 

 

Si tout le monde est unanime pour dire que le LSD a accouché de l’acid rock (terme pour le moins explicite), un seul, Barry Melton, l’ancien guitariste du Country Joe & The Fish, se permet d’apporter une nuance : « Le rock des sixties a surtout associé la musique folk à l’esprit du jazz. Cela a créé une nouvelle forme d’improvisation dans la musique populaire ».

C’est une nuance significative du décalage qui excitait déjà à l’époque entre les groupes du centre ville et le campus de Berkeley (d’où vient le Country Joe). Si Haight Ashbury se perd joyeusement dans « l’exploration de certains niveaux de conscience », Berkeley craint les dérives de l’hédonisme, il ne s’agit pas de perdre pied et d’oublier la cause politique. Ce n’était pas totalement faux.

 

 

Le San Francisco Sound

C’est en 1965 que se forme l’embryon du San Francisco Sound.

Avec The Charlatans, puis The Warlocks qui devient The Grateful Dead. Jerry Garcia joue du blues  avec Bob Weir et Ron « Pigpen » McKernan. Le groupe intègre le bassiste Phil Lesh, ainsi que Bill Kreutzmann et Mickey Hart, deux batteurs, une première ! Leurs duos de batterie sont devenus légendaires, excédant parfois trente minutes.

 

 

Martin Balin rêve de monter un groupe après un concert des Byrds à Los Angeles et lance le Jefferson Airplane. Avec Jorma Kaukonen, Bob Harvey, Paul Kantner, Signe Toly et Skip Spence ils deviennent LE groupe du club Matrix sur Fillmore Street, rapidement repéré par la presse.

Le groupe Quicksilver Messenger Service suit le mouvement, avec les chanteurs Dino Valente et Jim Murray, les guitaristes John Cipollina et Gary Duncan et le bassiste David Freiberg. Freiberg et Valente auront une période d’absentéisme, emprisonnés pour possession de drogues.

 

 

Tous ces musiciens se connaissent et ont un sérieux background folk. Trois groupes amis au point de former une communauté baptisée Triad.

Jacky nous raconte que cette communauté organisait les concerts au Carousel Ballroom, futur Fillmore West. « On a été les premiers à faire jouer Johnny Cash et BB King… C’était merveilleux ! »

 

 

A l’évocation du Triad, John éclate de rire : « Oh putain ! Oui on organisait des concerts, on se tirait avec la monnaie et on allait s’acheter un énorme paquet de marijuana. C’était la belle époque ! »

La discussion prend un tour amusant. J’entends des histoires de réunions enfumées et de tête enfouie dans la moquette au milieu de sachets d’herbe.

Ce sont les groupes du Triad qui ont inauguré les acid tests, ils jouaient sur les deux scènes mythiques gérées par Chet Helmes (Avalon Ballroom) et Bill Graham (Fillmore). Si le premier homme était un hippie  accompli, le second était plutôt un businessman retors. « Au début, personne ne respectait Bill parce qu’il n’était pas assez hippie mais finalement c’est lui qui a su maintenir le fil de l’histoire. » (Jacky)

D’autres artistes sont à l’affiche des acid tests : The Great Society (le premier groupe de la chanteuse Grace Slick), Big Brother & The Holding Company (le groupe de Janis Joplin), Steve Miller Band et Carlos Santana.

 

Janis Joplin au Carousel

« Affirmer que l’ambiance des concerts était exubérante serait en dessous de la vérité : l’enthousiasme était délirant. On avait l’impression d’être reliés par un courant électrique auquel chacun prenait part. » (Sam Andrew)

 

Un peu en marge, basée à l’université de Berkeley, gravite une scène moins populaire, stylée garage rock. Country Joe & The Fish est le seul groupe qui fait le lien entre l’intellectualisme universitaire et l’âme folle de Haight Ashbury. Avec « Feel like I’m fixing to die », ils espèrent sensibiliser l’opinion pour faire cesser la guerre au Vietnam. Il n’empêche que le chanteur Country Joe aime l’acide et compose les inspirés « Bass Strings » et « Section 43 ».
Quoiqu’il en soit, c’est le début du protest song, même les anciens beatniks se mobilisent dans les manifestations.

 

 

 

Une douce utopie

 

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Julia et ses amis nous expliquent que l’utopie hippie a duré deux ans. En 1966, dans le quartier de Haight Ashbury, la grande famille hippie vit dans un esprit communautaire à un point que ne connaîtront pas les quartiers pourtant très cool de Venice Beach à Los Angeles et Greenwich à New York.

C’est le paradis sur terre, jusqu’à ce jour où tout part en vrille. Abondance de curieux, touristes et fugueurs ; exploitation commerciale du mouvement ; effets catastrophiques de la drogue.

Le psychédélisme se décline à toutes les sauces (mode, style de vie, art) partout dans le monde. Barry regrette que la plupart des représentations de cette période soient restées superficielles. John renchérit : «Le psychédélisme est devenu une mode, mais ça ne l’était pas au départ ni à son paroxysme. Ce sont les médias qui ont déformé l’image en exploitant son aspect « sensationnel ». Nous l’étions à certain degré mais nous n’étions pas superficiels. »

Pourquoi ce mouvement a tant plu au reste du monde ?

Sans hésiter pour son « côté romantique », admet Jacky dans un sourire. John est plutôt pour retenir la révolution des moeurs : « Notre attraction venait principalement du fait qu’on vivait différemment, qu’on projetait une autre vision de la famille ; on essayait d’être loyaux et d’échanger davantage en profondeur. C’était une époque incroyable autant pour la musique que pour le mode de vie. »

Haight Ashbury a en effet cristallisé à partir de 1965 les principales idées revendiquées par  la beat génération : l’amour libre, le rejet de la violence, la création libre et spontanée, le refus du confort, l’exploration de la conscience, la spiritualité. Tout cela dans une fusion de l’égo, et ça c’était nouveau. De quoi provoquer une attraction chez tous ceux qui recherchaient autre chose qu’une société de consommation.

Cette quête d’absolu contrastait au grand jour avec Los Angeles, coincée et superficielle. Les deux villes se regardaient d’un mauvais oeil.

 « Il est vrai que ce n’était pas très sympathique entre nous, admet John en riant,« j’adorais pourtant les Doors, même si certains disaient qu’ils étaient trop décadents ! C’est juste qu’on avait une manière de penser différente. L.A était superficielle, nous étions funky ! « 

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The Doors

 

A Los Angeles, Barry Melton admet pour sa part avoir adoré les Byrds : « C’est le premier groupe psyché que j’ai connu, ils jouaient sur Sunset Street. C’étaient des folks singers qui expérimentaient beaucoup de drogues ! «   Il évoque aussi Frank Zappa mais en demi-teinte. « Ses shows étaient ennuyeux à mourir. C’était un jazzman génial mais il était trop abstrait pour que les jeunes puissent le comprendre. Mais je reconnais qu’en studio c’est autre chose, j’ai écouté « Joe’s Garage » quelque chose comme 500 fois, c’est brillant. »

Les festivals deviennent populaires. L’affiche du Monterey Pop Festival en 1967 réunit les plus grands noms américains et anglais. Aux groupes de San Francisco, se rajoutent le Jimi Hendrix Expérience, The Who, Otis Redding, Simon and Garfunkel et Ravi Shankar.

Monterey Pop

 

Tout le monde est d’accord avec Julia : « C’était le festival le plus authentique, les gens posaient des fleurs autour des policiers, les vibrations étaient vraiment bonnes, on était au printemps 67, tout le monde était heureux. »

Le festival de Woodstock, deux ans plus tard, rentre dans l’Histoire.

Et pourtant, selon nos ex-hippies, ce ne fut pas le moment le plus dingue, loin de là.

Barry : « Ce dont je me souviens c’est qu’il y a eu l’orage et la pluie, et que Joe Cocker est passé avant nous, ce n’était pas mon jour ! Je reconnais l’intérêt du documentaire socio-historique mais il y avait beaucoup d’autres festivals et de belles occasions de jouer. »
John : « Ce n’était pas un événement musical mais l’événement d’une communauté.  Je ne le dénigre pas, c’était une expérience merveilleuse. Mais je me souviens surtout que lorsque le Dead a joué c’était horrible, à sa sortie de scène je ne pouvais pas regarder Jerry dans les yeux, ils avaient été si mauvais… Il est venu me voir en me disant : il est bon de savoir que tu peux foutre en l’air le plus important concert de ta vie et t’en foutre. Hahaha qu’est-ce que j’aimais ce mec ! »

 

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PLAYLIST II

 

 

Qu’est devenu le Triad ?

Les vétérans de l’époque, du moins ceux qui ont survécu, n’ont cessé de jouer depuis. Avec quelques pépins plus ou moins graves en route.

Jerry Garcia défaille dans les années 80 à cause de son excès de drogue dure et d’alcool, il ne sort pas indemne d’un coma diabétique. Il ne sait plus jouer de guitare et doit tout réapprendre. Le guitariste succombe finalement en 1995 d’une défaillance cardiaque. C’est la fin du Grateful Dead.

C’est un drame national. « On dit qu’il y a une tête du Dead dans chaque bureau du pays », relève à juste titre Jacky. John, lui, retient la perte d’un pilier. « Jerry, c’était l’esprit du groupe ; Jerry c’était le mec le plus intelligent que j’aie connu. Le plus étonnant est qu’il pouvait énoncer le plus simplement du monde les idées les plus complexes. C’est aussi le musicien le plus génial à mon sens, bref quand il est mort le sens même de la famille s’est brisé. »

Les autres membres du Dead ne s’arrêtent pas pour autant, Bob Weir et Phil Lesh ont lancé Rat Dog mais selon John le groupe est au point mort, et les musiciens jouent à droite à gauche avec des amis. Le batteur Mickey Hart lance Further, en référence au bus de Ken Kesey et des Merry Pranksters qui s’appelait comme ça.

Il est arrivé que ce noyau dur reforme le Dead en certaines occasions scéniques, sous le nom de The Other Ones en 98, en référence à une chanson écrite peu après la mort de Neal Cassady.

 

 

Le Jefferson Airplane s’est dissout au début des années 70, pour renaître d’un côté sous la forme de Jefferson Starship (Paul Kantner et Grace Slick rejoints par David Freiberg et Craig Chaquico) et Hot Tuna (Jack Casady et Jorma Kaukonen)

Jacky, qui a toujours des nouvelles de Jorma Kaukonen, nous informe qu’il a ouvert une école dans l’Ohio, Furpeace Ranch. « D’illustres musiciens viennent enseigner. Il y a un bon esprit et pas de drogue. »  Les profs ont pour noms Tommy Emmanuel, Spencer Bohren et David Bromberg. Les leçons sont axées sur l’apprentissage du fingerpicking, du bluegrass, du blues et du folk.

David Freiberg, lui, continuait de jouer aux côtés de Paul Kantner avec le Jefferson Starship, jusqu’au décès de Paul le 28 janvier 2016.

A l’époque de notre rencontre avec Julia, en 2011, elle nous disait du Jefferson Starship que beaucoup de personnes de sa génération continuaient d’aller les voir par nostalgie.

Barry Melton, quant à lui, nous présente son nouveau disque avec humour : « Voici mon cd français, ce disque c’est la nouvelle musique psychédélique ! »

 

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Barry s’est reconverti en avocat, mais il n’a pas mis de côté la musique, il enregistre et il vient même parfois jouer en France, d’ailleurs ce disque il l’a enregistré en France avec Christophe Rossi. Musicalement il se voit plutôt comme un jazzman. « Ma première femme était française, j’ai beaucoup de connexions dans votre pays. » Aujourd’hui il n’a plus de connexion avec Country Joe. « Il est en voie de guérison de l’alcoolisme. Je suis content de ne pas être descendu aussi bas. » Est-ce que ce métier lui manque  ? « Vous savez, certains sont morts, certains ont gagné de l’argent, et nous on a joué ensemble. Je veux dire on a tellement passé de temps ensemble ! Peut-être trop… L’argent n’est pas quelque chose de naturel pour un musicien, l’essentiel se joue à un autre niveau. En tous cas je n’ai jamais joué de musique pour en vivre. »

Barry nous fait comprendre qu’il ne veut pas vivre dans le passé. John acquiesce en citant Bob Dylan : « La nostalgie c’est la mort ! »

 

 

Un jour de 2011 à San Francisco

Curieux de savoir ce qu’il en est à San Francisco, nous demandons à Julia s’il se passe des événements. Enthousiaste, elle affirme que « l’esprit des sixties revient plus fort que jamais  » et évoque un festival à Santa Rosa dont s’occupe son mari, le Harmony Festival. « Organic food, massages, musiques psyché, j’encourage mon mari à développer ce festival ! De nombreux événements de ce genre apparaissent et marchent bien. »

Nous rencontrons le fils de Julia, Jack. Il a 20 ans, et un groupe, Mama Muerte. Pour lui, la mode du moment ici, c’est le heavy metal, joué par des musiciens techniques. Jazz, classique et folk ont moins d’audience.
Et la musique psyché ? « On adore aussi la musique psychédélique. Dans notre groupe, il y a deux guitaristes de metal et le fait de jouer avec eux permet de créer un pont entre la musique psyché et le powerful metal , en fait on joue du mathmetal psychédélique. Bien sûr on s’inspire des visionnaires car ils ont révolutionné la musique mais on aimerait aller plus loin. »
Patrick et moi faisons remarquer à Jack qu’il nous a semblé entendre les Doors lorsque nous sommes passés devant leur salle de répétition.

« Beaucoup de mon inspiration vient des Doors, et certaines de nos chansons sont très longues. Grandir ici, au milieu de Grateful Dead, Jefferson Airplane et Janis Joplin, c’est finalement le bon endroit pour jouer électrique. Bob Dylan a ouvert la voie au Newport Folk Festival et ce bien avant la révolution des sixties. Il y a toujours eu une folle quantité de groupes dans la baie et ce n’est pas étranger à ce qui s’est passé à l’époque. Ca a changé nos vies mais les temps ont changé. Même si Haight Asbury est aujourd’hui un quartier « un peu déprimant » il se passe toujours quelque chose, comme ce joueur de saxo qui joue pendant des heures. Quand on regarde en arrière on se dit que ces idées pacifiques ne sont pas allées bien loin. Dans les années 70 on avait beau avoir de belles idées il fallait retourner bosser. Ok, chacun devrait respecter son prochain et essayer d’être le plus gentil possible mais c’est beaucoup de boulot ! »

Lorsque nous le quittons en lui disant que nous partons le lendemain pour le NAMM de Los Angeles sa réaction est immédiate : « L.A sucks ! » (L.A pue ! »).

Nous avons clôt cette belle rencontre autour d’un joyeux diner. Merci encore à Julia pour son accueil et sa gentillesse.

 

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